Un carrelage de terrasse posé avec soin peut perdre tout son éclat en un seul hiver si le jointoiement a été bâclé. L’eau stagne, le gel fait son travail, et les joints s’effritent par plaques. Le jointoiement carrelage extérieur obéit à des contraintes que l’intérieur ignore : amplitude thermique, ruissellement, exposition UV. Voici comment obtenir des joints solides et les garder nets pendant des années.
Largeur de joint en extérieur : ce que les règles professionnelles imposent depuis 2024
Vous avez déjà remarqué des terrasses où les carreaux semblent collés bord à bord ? Ce type de pose est désormais exclu en extérieur pour les carreaux collés. Les règles professionnelles pour terrasses extérieures collées, publiées en janvier 2024, interdisent la pose à joint nul sur les grands formats.
Le DTU 52.2 fixe une largeur minimale de joint de 5 mm pour les dalles collées en extérieur. Cette largeur n’est pas un choix esthétique : elle absorbe les dilatations liées aux écarts de température entre plein soleil et nuit fraîche.
Pour un carrelage de format supérieur à 45 x 45 cm, prévoyez plutôt 6 à 8 mm. Plus le carreau est grand, plus la dilatation linéaire est forte, et plus le joint doit compenser. Si vous posez de la pierre naturelle irrégulière, partez sur des joints encore plus larges pour rattraper les variations d’épaisseur.

Mortier de jointoiement extérieur : classe CG2 WA et ses alternatives
En intérieur, un mortier de jointoiement classique suffit. En extérieur, le mortier encaisse le gel, l’eau stagnante et les nettoyages au jet. Le bon repère technique : la classification du produit.
Comprendre la classification CG2 WA
Les lettres ont un sens concret. CG signifie « mortier de jointoiement à base de ciment ». Le chiffre 2 indique une résistance mécanique élevée à l’abrasion. WA signifie « faible absorption d’eau », autrement dit un mortier hydrofuge qui limite les infiltrations.
Pour la majorité des terrasses carrelées, un produit classé CG2 WA couvre le besoin. Il résiste aux cycles gel/dégel et freine la remontée capillaire d’humidité dans le joint.
Quand passer à l’époxy
Un mortier époxy (classé RG) offre une étanchéité quasi totale et une résistance chimique supérieure. Son usage se justifie autour d’une piscine, sur un balcon en surplomb ou dans une zone exposée à des produits acides (barbecue, nettoyants chlorés). Le coût est nettement plus élevé, et la mise en œuvre demande de la rapidité : l’époxy durcit vite et nettoie mal une fois sec.
Préparation du support avant jointoiement : le point que personne ne bâcle impunément
Pourquoi ce détail change-t-il tout ? Parce qu’un joint posé sur un fond sale ou encombré de colle sèche ne tiendra pas un hiver. Le mortier de jointoiement accroche sur le chant du carreau, pas sur un résidu de colle.
- Retirez chaque croisillon et grattez les remontées de colle entre les carreaux avec un grattoir à joint ou un tournevis plat, jusqu’à voir le support ou le lit de colle propre.
- Aspirez les poussières au fond des joints. Un coup de balai ne suffit pas : les particules fines empêchent l’adhérence du mortier.
- Humidifiez les joints et les chants des carreaux à l’éponge (sans détremper) pour éviter que le support poreux n’aspire trop vite l’eau du mortier frais.
Attendez au minimum 24 heures après la pose collée avant de jointoyer. Sur une chape fraîche ou en pose scellée, patientez plutôt 48 à 72 heures. Par temps froid (en dessous de 10 °C), doublez ces délais : le mortier-colle durcit bien plus lentement.
Technique d’application du mortier à joint en extérieur
Le geste compte autant que le produit. Voici la méthode qui donne un résultat propre et durable sur un sol extérieur.
Gâcher le mortier à la bonne consistance
Versez l’eau dans le seau en premier, puis ajoutez la poudre progressivement. Mélangez au malaxeur à vitesse lente pendant deux à trois minutes. La consistance visée ressemble à un yaourt épais : le mortier tient sur la spatule sans couler. Trop liquide, il se rétractera en séchant et fissurera. Trop sec, il n’entrera pas au fond du joint.
Laissez reposer le mélange quelques minutes, puis remélangez brièvement. Ce temps de repos (appelé « mûrissement ») améliore la cohésion du mortier.
Garnir les joints à la raclette en caoutchouc
Étalez le mortier en diagonale par rapport aux lignes de joint. Ce mouvement en biais force le produit au fond de chaque joint sans le creuser. Travaillez par zones d’un à deux mètres carrés maximum, surtout en plein soleil. La chaleur accélère le séchage en surface et empêche le nettoyage correct.

Nettoyer au bon moment avec une éponge humide
Le nettoyage se fait quand le mortier commence à tirer dans le joint mais reste encore frais en surface. Passez une éponge humide (pas trempée) en diagonale, en rinçant souvent. Un nettoyage trop précoce creuse le joint, un nettoyage trop tardif laisse un voile difficile à retirer.
Si un voile blanc persiste après séchage complet, un produit décapant pour laitance de ciment le dissout. Appliquez-le au moins 48 heures après le jointoiement.
Joints périphériques et joints de fractionnement en extérieur
Un oubli fréquent : les joints de dilatation. Sur une terrasse, le carrelage ne doit jamais toucher un mur, un seuil ou un poteau. Un joint souple en mastic polyuréthane ou silicone remplit cet espace périphérique.
- Le joint périphérique (contre les murs ou murets) reste souple pour absorber les mouvements du bâti.
- Un joint de fractionnement coupe la surface carrelée en zones. Les règles professionnelles préconisent un fractionnement tous les 16 m² au maximum en extérieur.
- Ces joints souples ne se réalisent pas avec le même mortier que les joints courants : utilisez un mastic adapté, posé au pistolet après séchage complet du mortier de jointoiement.
Sans joint de fractionnement, la terrasse concentre les tensions au point le plus faible, ce qui provoque des fissures en étoile ou des décollements de carreaux dès le premier hiver rigoureux.
Le jointoiement d’un carrelage extérieur ne pardonne ni l’impatience ni les raccourcis. Un mortier CG2 WA correctement gâché, des joints de 5 mm minimum, un nettoyage à l’éponge au moment précis où le mortier commence à tirer : ces trois repères suffisent à faire la différence entre une terrasse qui vieillit bien et une terrasse à refaire dans trois ans.

